Exclusif : bientôt des films plus frais en vidéo-à-la-demande

Les offres de vidéo-à-la-demande illimitées sur abonnement pourraient proposer des films 22 mois après leur sortie en salles, au lieu de 36 mois.

Jamal Henni
Le 18/01/2013 à 12:45
Mis à jour le 21/01/2013 à 9:46
Canal Plus, principal acteur français de la SVoD avec CanalPlay Infinity (DR)

Les chiffres clés Le marché de la vidéo-à-la-demande (en millions d'euros)

2008: 33

2009: 66

2010: 111

2011: 163

2012: 200

Source: GfK

Les films sans financement d'une chaîne de télévision
Nombre
2009: 61 dont 37 d'initiative française
2010: 63 dont 38 d'initiative française
2011: 98 dont 58 d'initiative française

Proportion avec un devis inférieur à un million d'euros
2009: 64,9%
2010: 81,6%
2011: 69%

Source: CNC
Ce qu'il faut retenir La chronologie des médias adoptée en juillet 2009 (en nombre de mois après la sortie en salles)

DVD, vidéo-à-la-demande: 4 mois
TV payante: 10 mois
TV en clair co-productrice: 22 mois
TV en clair non co-productrice: 30 mois
Vidéo-à-la-demande par abonnement: 36 mois
Vidéo-à-la-demande gratuite: 48 mois

Source: arrêté ministériel

Enfin! Après trois ans et demi de surplace, le débat frémit sur la fraîcheur des films proposés en vidéo-à-la-demande (VoD). Le CNC (Centre national du cinéma) a envoyé aux professionnels jeudi 17 janvier une proposition sur le sujet, qui doit être débattue lors d'une réunion le 25 janvier.

Toutefois, l'évolution proposée reste très timide, et doit remplir moult conditions. D'abord, seule est concernée la VoD illimitée en échange d'un forfait mensuel, ce qu'on appelle la VoD par abonnement ou subscriber VoD (SVoD) -un modèle popularisé par Netflix aux Etats-Unis. Ensuite, la proposition se limite aux films qui sont sortis dans moins de 30 salles, et qui n'ont pas été préachetés ou co-produits par une chaîne de télévision. En pratique, cela devrait donc concerner chaque année une cinquantaine de films d'auteur français à petit budget... En outre, une commission rassemblant toute la filière devra avaliser la sortie en SVoD de chaque film. Enfin, le site de SVoD devra, pour bénéficier de films plus frais, remplir des obligations supplémentaires d'investissement dans le cinéma français.

Au final, si tous ces critères sont remplis, alors le film pourra être disponible en SVoD non pas 36 mois après sa sortie en salles, mais seulement 22 mois.

Parallèlement, le CNC met sur la table une autre proposition: il sera possible de déroger aux délais actuels (cf. ci-contre) "à titre expérimental et exceptionnel", et si la commission ad hoc est bien d'accord. Cette disposition s'applique "notamment aux courts métrages et aux documentaires", indique le projet de texte du CNC.

Propositions a minima

Ces propositions seront sans doute accueillies de manière diverse par une filière qui reste très divisée sur cette question de la chronologie des médias. Elles pourraient être critiquée par les partisans d'un statu quo, comme les exploitants de salles ou Canal Plus (sauf une brève période en 2012 où la chaîne cryptée avait assoupli sa position).
Inversement, elles pourraient être jugées timides par les partisans d'un assouplissement, comme l'ARP (société des Auteurs réalisateurs producteurs), la SACD (société des auteurs), les fournisseurs d'accès Internet, voire le SEVN (éditeurs de DVD).

Mercredi 16 janvier, ces derniers ont encore plaidé pour un assouplissement. Le SEVN a demandé l'autorisation d'"expérimentations", et aussi que les films sortant l'été puissent être disponibles en DVD et VoD pour les fêtes de fin d'année.

De son côté, le président de l'ARP Michel Hazanavicius a plaidé pour une sortie en même temps en salles et en VoD (day and date) des petits films "qui ont donc un petit budget de sortie en salles, et sont donc condamnés à ne pas faire un gros score, et d'emblée marqués du sceau de l'échec". Mais cette proposition "se heurte au blocage des exploitants de salles et des distributeurs, qui veulent sacraliser la salle", a déploré le réalisateur de The Artist, lors d'une audition à l'Assemblée nationale

Quant à la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, elle avait promis durant la campagne de réduire les délais de la chronologie des médias. La mission menée par Pierre Lescure doit donc avancer des pistes en la matière. Celles-ci seraient, selon certains professionnels, assez proches de la proposition mise sur la table par le CNC. La proposition du CNC semble donc vouloir anticiper sur ces décisions politiques, en montrant que la filière est prête à faire un (petit) geste, et espérant sans doute échapper ainsi à des mesures plus volontaristes. "A défaut de maîtriser les événements, feignons d'en être les organisateurs...", ironise un professionnel.

Interrogé, le CNC rappelle "avoir déjà soumis un projet d'avenant en 2012, et n'avoir donc jamais cessé de faire des propositions pour moderniser la chronologie des médias. Le CNC joue son rôle de facilitateur dans un domaine qui relève de la régulation interprofessionnelle. Le CNC prendra en compte les résultats de la mission Lescure, qui a eu communication de cette proposition".

Mais ces propositions ont été vertement accueillies par la SACD: "ce n'est pas un geste d'ouverture, mais une énième tentative de mieux corseter la chronologie des médias. Cette fausse ouverture est une feinte qui ne dupera personne, et qui sera insuffisante pour donner une nouvelle impulsion à la VoD par abonnement. En effet, les films concernés seront extrêmement peu nombreux. En outre, la composition de la commission est déséquilibrée. Depuis 3 ans, tout est fait pour bloquer le système".

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