McCurry + Kodachrome = un petit morceau de légende

Kodak a tourné la page de sa légendaire pellicule Kodachrome en confiant le dernier exemplaire produit à un grand photojournaliste : Steve McCurry. Le "National Geographic" l'a suivi alors qu'il réalisait 36 poses qui resteront dans l'histoire du photojournalisme.

Olivier Laffargue
Le 18/02/2013 à 18:52
 (Capture SteveMcCurry.com ; montage BFMTV)

C’est le tout dernier rouleau. Après l’avoir délicatement sorti de sa boîte en carton puis de son étui, Steve McCurry l’enclenche dans le boîtier. Il tire le film, l’accroche sur les crans, puis ferme le clapet. Nous sommes en 2010 et 36 vues plus tard, l’histoire de la pellicule Kodachrome se referme.

C'est à Steve McCurry qu'est revenu le privilège d'utiliser la dernière pellicule jamais produite. Trois ans plus tard, le National Geographic revient dans un documentaire sur cet épisode particulier de l’histoire du photojournalisme.

"C’était un sentiment étrange : j’ai fait ce geste des milliers et des milliers de fois, c’était devenu une seconde nature. […] Là, je me sentais un peu nostalgique, j’avais du remords à l’idée que c’était la toute dernière fois que je le faisais", confie Steve McCurry dans le documentaire.

>> Voir les photographies prises sur cette pellicule

"C'était une grosse responsabilité d'utiliser la dernière pellicule"

Le photoreporter a utilisé cette pellicule pendant la plus grande partie de sa carrière, et pour la plupart de ses succès. Il est l’auteur d’un fameux portrait d’une réfugiée afghane aux yeux verts. Son travail est unanimement reconnu : lauréat de la médaille d’or Robert Capa et du National Press Photographer Award, il a reçu quatre fois le premier prix du World Press Photo, un palmarès inégalé.

Steve McCurry a largement participé à la renommée de ce film qui a fait entrer le photojournalisme dans l’ère de la couleur. Qu’il eût la responsabilité d’en écrire le dernier acte n’est que justice. Mais surtout, associer deux légendes de la photographie dans un épisode symbolique n’en marquera que plus les esprits.

"C’était une grosse responsabilité d’utiliser la dernière pellicule, déclare McCurry à The Hindu. […] C’est définitivement la fin d’une ère, je voulais donc rendre hommage à mon vieil ami [Kodachrome, ndlr] avec des sujets qui partagent la même thématique de la fin."

Une grande dame, "douce, riche et voluptueuse"

La pellicule Kodachrome a finalement été victime de ce qu’elle a elle-même représenté : le progrès et l’évolution des techniques photographiques. Remontons le temps : nous sommes en 2009, Kodak fait la plupart de son chiffre d’affaires avec le numérique (aujourd’hui : 70%). Malgré sa qualité unanimement reconnue, garantie par une incroyable durée de vie de 72 ans, la Kodachrome quitte les chaînes de production.

Dans un historique détaillé et complet, Slate.fr dresse le portrait de cette grande dame de la photographie, "douce, riche et voluptueuse". Inventée en 1935 par deux musiciens devenus chimistes, Leopold Godowski et Leopold Mannes, elle inaugure un procédé encore inédit et surprend par son grain très fin, ses couleurs vives et la longévité de sa conservation.

A une époque où Walker Evans trouve la couleur "vulgaire", où Cartier-Bresson "concède" travailler en couleurs pour certains magazines, le noir et blanc est toujours considéré comme la manière noble. La reconnaissance artistique ne viendra qu’en 1976 avec l’exposition, polémique, des travaux de William Eggleston et Stephen Shore au MoMA.

La diversité et la fin d'une époque

On entre alors vraiment dans l’ère de la couleur : cette pellicule devient la plus vendue au monde. Vous vous rappelez de la publicité mettant en scène trois enfants en costume rayé blanc et rouge, munis d’appareils photo et de drôles de chapeaux ? "Les voleurs de couleurs", c’était Kodachrome.

Mais qu’y a-t-il sur ces poses historiques ? Les premières sont pour Robert de Niro, qui pose dans son cinéma personnel. Puis, aussitôt, l’Inde dans sa diversité, ce pays si riche de cultures qu’il n’a pas épuisé la curiosité du photographe, qui s’y est rendu une centaine de fois au cours de sa vie.

Enfin, New York, le Kansas, un autoportrait et aussi le visage de son ami, le photographe Eliott Erwitt. Autant de sujets qui reflètent, selon le photographe, la diversité et la fin d'une époque, faisant ainsi écho à la destinée de son film préféré.

Le National Geographic a accompagné McCurry dans ses lieux favoris, à le recherche des images qu’il juge assez intéressantes pour figurer sur cette pellicule historique. Et le résultat est, sans surprise, passionnant.

>> Voir le documentaire (en anglais) :

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