Mapplethorpe au Grand Palais: "un doigt d'honneur au conservatisme"

La chanteuse Patti Smith, ancienne compagne et principale muse de Robert Mapplethorpe, a inauguré lundi soir la rétrospective consacrée au photographe américain, au Grand Palais à Paris.

M. R. avec AFP/Sujet Vidéo Gladys Laffite et Rémi Perrot
Le 28/03/2014 à 11:23
L'exposition Robert Mapplethorpe au Grand Palais a ouvert ses portes au public le 26 mars 2014. (Patrick Kovarik - AFP)

"Je suis venue à Paris en 1969 / A la recherche de Godard et de Charles Baudelaire / La ville de mes rêves / Aujourd'hui, je ne rêve pas / Je reviens en 2014 / A la recherche de Robert Mapplethorpe / Il est ici", a chanté Patti Smith lors du vernissage, lundi soir, de la rétrospective consacrée au photographe américain Robert Mapplethorpe.

La chanteuse américaine avait composé la chanson pour l'occasion, elle qui fut sa compagne pendant trois ans, sa muse principale et sa grande amie, jusqu'à la mort de Mapplethorpe en 1989, du sida.

"Fauché dans la fleur de l'âge"

"Robert n'a pas vécu assez longtemps pour réaliser tous ses rêves. Alors qu'il se battait contre le sida, il prenait ses dernières photos. Il a été fauché dans la fleur de l'âge (...) aussi nous faut-il tenter de ne pas regretter ce qui n'a jamais pu exister", confie Patti Smith dans un long récit inédit de leurs années communes, publié dans la catalogue de l'exposition, qui a ouvert mercredi au grand public, et se tiendra jusqu'au 13 juillet. Après leur séparation, Patti Smith et Robert Mapplethorpe étaient restés des amis très proches.

L'exposition est construite à rebours: elle commence par le fameux autoportrait où l'artiste, amaigri par la maladie, tient une canne à pommeau représentant une tête de mort (1988). "Il a la posture fantastique d'un maître du royaume des ombres qui nous invite à le suivre dans les enfers de son histoire, à la recherche de son désir", estime Jérôme Neutres, commissaire général de l'exposition.

Au total, l'exposition présente plus de 250 épreuves et pièces uniques. Elle embrasse toutes les facettes de l'oeuvre, y compris son côté provocateur. Le talent de l'artiste, né en 1946, s'est épanoui dans le New York des années 1970 et 1980, marqué par la libération sexuelle et l'affirmation de l'identité gay.
    
A côté de photographies relevant d'une esthétique classique, le Grand Palais montre "au-delà de la 'décence commune' d'autres oeuvres dont le contenu sexuel, homosexuel et sexuellement 'déviant' apparaîtra comme la caractéristique principale", avertit Jean-Paul Cluzel, président de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, dans le catalogue.

Sado-masochisme gay

Trente photos érotiques proches de la pornographie ou illustrant le sado-masochisme gay sont notamment à découvrir dans une sorte de "backroom", peinte en violet, "couleur de la pénitence", sourit Jérôme Neutres. Cette salle est dûment signalée et interdite aux mineurs.

Le visiteur retrouve les oeuvres iconiques du plasticien comme "L'homme en costume polyester" (1980) où le sexe d'un homme noir - dont on ne voit pas la tête - s'échappe de son pantalon. Ou encore "Thomas" (1987) dont le corps noir musclé s'insère à la perfection dans un cercle.
 
"Le sexe est magique. Si vous le canalisez bien, il y a plus d'énergie dans le sexe que dans l'art", disait Mapplethorpe. La photographie "Cock and gun" (1982), montrant un pistolet et un sexe masculin pointés dans la même direction est saisissante. "Ce sexe va le tuer", dit Jérôme Neutres, commissaire général de l'exposition.
    
L'artiste n'hésite pas à réaliser un autoportrait en panoplie SM, où il s'enfonce un fouet dans l'anus en toisant l'objectif (1978). "Une sorte de doigt d'honneur au conservatisme", relève Jérôme Neutres.

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