Le Grand soir : Kervern et Delépine, apôtres du "hors-la-norme" à Cannes

Pour leur "grand soir", Gustave Kervern et Benoît Delépine aidés de Benoît Poelevoorde et Albert Dupontel, les deux réalisateurs ont saccagé le comptoir contre lequel cinéastes et acteurs prennent la pose. Louise Ekland a rencontré l'équipe du film.

Louise Ekland | AFP
Le 29/05/2012 à 18:04
Mis à jour le 29/05/2012 à 18:23

Une entrée en matière potach, vite pardonnée par la direction du  Festival,, pour résumer Le Grand Soir, nouveau long-métrage du duo déjanté  que forment Kervern et Delépine révélés par Groland (Canal+).

En sélection officielle dans la sélection Un Certain Regard, Le Grand soir, film  résolument punk, prône le "hors-la-norme" dans un éloge déjanté de la  révolution, rythmé par les rocks revendicatifs des Wampas.

En "plus vieux punk à chien d'Europe", Benoît Poelevoorde livre une  composition épatante: le fils aîné, SDF et antisocial assumé des Bonzini,  gérants d'un restaurant rapide, "La Pataterie", dans une désespérante zone  commerciale.

Leur deuxième fils, Jean-Pierre (Albert Dupontel) a choisi la "norme" et la  vie conventionnelle de vendeur à la commission dans un magasin de literie. La  crise est là, les matelas ne font ni recette ni salaire: un beau jour, le fils  idéal est licencié.

Les deux frères que tout séparait, se retrouvent et deviennent copains de  galère, crête iroquoise en signe de reconnaissance. Dans ce road movie en  cercle fermé réunissant le centre commercial et la zone pavillonnaire tout  aussi déprimante, le premier entraîne le second en totale "punk attitude".

"Tu aurais dû nous prévenir: c'est dur la vie !", lance un des fils aux  parents qui, loin d'être épargnés par la crise, finiront par les rejoindre pour  faire la révolution à leur manière dans le parking abandonné d'une grande  enseigne de bricolage.

Gustave Kervern et Benoît Delépine s'offrent un casting sur mesures pour  leur cinquième film, après le joli succès de "Mammuth" (2010): Gérard Depardieu  joue un improbable et fumeux voyant qui prédit l'avenir dans l'alcool de riz,  tandis que l'inclassable et très baroque Brigitte Fontaine est désopilante en  marâtre lunaire.

"On voulait faire un film sur un journaliste de province qui part à New  York enquêter sur le 11 septembre. On s'est aperçu que ça allait trop faire  +Théorie du complot+. On est parti sur autre chose, la mythologie grecque à  Montpellier avec un Diogène moderne, le punk à chien, quelqu'un qui laisse tout  tomber pour vivre dans un tonneau", explique Gustave Kervern.

"Ce qui est intéressant, c'est que chacun des personnages du film fait sa  révolution, y compris les parents (...) Le punk, ce n'était pas seulement la  musique mais un rejet de la société de consommation, sans le côté +baba cool+",  renchérit Benoît Delépine.

Kervern et Delépine ont gagné leur pari: ce film sur les  laissés-pour-compte de la société, traité comme une franche comédie, a été  applaudi cinq bonnes minutes en projection de presse.

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